Portrait

Marc Buléon

rdv-conte-cornuaille_046« Je raconte pour rattraper le temps égaré de mon enfance, ce temps où les histoires n’avaient pas cours. Elles n’avaient ni la place ni le temps de s’insérer dans le quotidien.
Survivre, surnager. Silence… A t’on déjà vu un homme qui se noie dire ou écouter une histoire? Cela n’arrive que dans les contes!

Il a fallu du temps, le temps de l’âge adulte, le temps d’une vie d’ébéniste pour reconnaître ma voix dans la quiétude de mon atelier et apprivoiser ce que souhaitait dire cette voix, le temps d’une autre vie de musique pour oser enfin chanter. Ces libertés-là, dire et chanter, une fois acquises, ont pris le pas sur tout. Raconter, dire, être entendu. Partager le doute et le questionnement face à la vie, dire la part de féminité qui se cache sous l’épaisse carcasse de l’homme, rire aussi parce que le rire est le plus court chemin pour rejoindre l’autre. L’Autre… être avec lui, lui tendre la main, l’emmener dans mes voyages et accepter un jour de partir avec lui. Lâcher. Tout. Ne rien prouver. Ouvrir plutôt.
Avant ma mort, devenir roc inébranlable, parole droite et ferme pour raconter l’homme au sein de l’univers.
Avant ma mort, être une fois feuille de peuplier au vent d’une fin d’été, bruissement de poésie et de tendresse. Avoir cette sensibilité-là pour dire l’intime et la beauté de chacun.

Si dans mon métier de conteur je parviens un jour à réunir ces deux états, alors oui, j’aurai la sensation d’avoir atteint quelque chose. Mais je me connais! J’aurai déjà, en ligne de mire, un point plus avancé. ”Seule la mort se contente de peu!” »

Marc Buléon