INCONNU-E-S

Affiche spectacle inconnu PETITE

spectacle collectif avec les conteurs de Sésame Autisme

Ils sont douze sur scène. Femmes et hommes de la démesure ou au contraire de l’extrême sobriété.

Pas chancelants, corps qui tanguent encore un peu sous nos regards au rythme lent des respirations qui s’apaisent. Ou non. Rien n’est jamais acquis. Et pourtant tout arrive à un moment connu d’eux seuls.

Sur le fil fragile de l’incertitude se disent alors des histoires intimes, cocasses ou émouvantes, habillées de poésie, de silences infinis et ponctuées d’éclats de rire.

Ils sont douze sur scène et chacun a son langage : parole, danse, peinture, rire, chant…

Au spectateur de pousser la porte de leur monde, de s’y égarer sans peur afin d’avoir la chance de peut-être renouer avec ce qu’il y a de plus joyeux en lui.

Avec Marc Buléon, Line Cornet, Débora Di Gilio, Isabelle Doury, Odile Kayser, Mauve Leroux, Elise Moriceau, Christophe Khomkhao, Paulo Leblanc, Dorian Legrand, Frantz Luthringer et Antoine Tiers.

Création lumière : Daniel PHILIPPE

Spectacle traduit en langue des signes.

Production et diffusion : Christelle LACHAUME

Projet soutenu par Sésame Services, La DRAC des pays de la Loire, le conseil départemental de Loire- Atlantique

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Le 9 janvier 2015, pour la première représentation de la création « Inconnu-E-s », le théâtre de Rouans (220 places) est comble et une cinquantaine de spectateurs n’ont pu obtenir de billet.

L’AVANT SPECTACLE

Ce qui frappe d’entrée, avant même le début du spectacle, c’est le calme des artistes-conteurs dans les coulisses. A l’exception d’un homme très nerveux durant le discours de l’adjoint à la culture –discours dans lequel il évoque les attentats qui ont eu lieu deux jours avant contre Charlie Hebdo – chacun est concentré mais paisible. C’est un des points qui permettent de constater à quel point ces hommes et ces femmes autistes ont vraiment acquis du métier au fil des onze dernières années.

Les dernières répétitions ont été laborieuses, sans doute à cause d’une forme d’usure, les premières séances de travail remontant au mois de janvier 2014. C’était le cas aussi lors du spectacle précédent et dans les deux cas chaque personne a été capable de trouver au bon moment l’énergie et la concentration nécessaires à ces premières représentations.

La sérénité des quatre artistes valides (1 danseuse, 1plasticienne, 1 traductrice en langue des signes et un conteur) et les échauffements pratiqués auparavant dans les loges sont d’une grande aide pour traverser sans encombre ce long temps d’attente dans les coulisses (plus d’un quart d’heure).

SUR SCENE

Une des grandes satisfactions est de voir combien le résultat colle au projet initial. Il avait été question dès le début que chacun puisse exprimer quelque chose de vraiment intime au moyen des différents outils artistiques que nous avons explorés : musique, parole, peinture, danse… sans oublier d’offrir aussi des moments collectifs. Le plus difficile a parfois été de découvrir ce que voulait exprimer telle ou telle personne qui ne dispose ni du langage ni de la capacité à choisir. Il nous a alors fallu procéder de façon empirique ou par rejet successifs. Mais le résultat est là ! Un contenu qui a du sens, qui est émouvant, vivant et drôle :

-Un poème d’amour

-Une histoire de fou qui ne trouve pas drôle du tout de se retrouver seul fou parmi les autres.

-Une histoire sur l’acceptation d’être ce que l’on est.

-Une autre histoire d’amour légère et coquine.

-Un temps délicat durant lequel onze personnes se mettent au service d’un homme qui ne parle pas mais qui peint en direct.

-des duos de contes et de danses.

-etc

Le spectacle est nourri de ces différentes propositions mais il repose aussi sur l’acceptation de l’errance sur scène, sur la qualité de silences parfois très longs qui racontent le cheminement de la pensée, sur la lenteur autorisée, sur l’improvisation et sur le commentaire instantané, la parole posée ce qui vient d’être fait. Il se dégage de tout ça une très grande jubilation, un plaisir à être sur scène que beaucoup d’artistes valides pourraient nous envier.

D’un point de vue plus technique, la création lumière qui accompagne le spectacle et qui rehausse ses couleurs apporte en plus un véritable confort aux artistes. La lumière qui les enveloppe les rassure et leur permet d’accepter le noir dans la salle

D’une certaine façon, les musiques enregistrées et donc identiques à chaque fois jouent le même rôle.

LE PUBLIC

Le théâtre de Rouans (Espace Cœur en Scène) fonctionnant pour beaucoup avec un public d’abonnés et le descriptif du spectacle évitant volontairement les termes « autiste » et « handicap », de nombreux spectateurs sont surpris de voir évoluer sur scène des artistes dont certains sont visiblement handicapés. Cela sème le doute dans leur esprit : Sont-ils tous handicapés ou non ? Pour certains des artistes, pas de doute. Et encore, en est-on si sûr finalement ? Et pour les autres ? Seule solution : renoncer à déterminer qui « l’est » et qui « ne l’est pas » pour profiter pleinement de ce qui est proposé sur le plateau.

L’APRES SPECTACLE

Beaucoup d’échanges dans le hall autour du bar. Certains artistes s’éclipsent rapidement. Ils sont habitués à se coucher très tôt, les spectacles en soirée sont pour eux source d’une grande fatigue.

Les autres sont félicités, questionnés. On leur parle, on leur serre la main sans réfléchir. Les barrières tombent et si malgré tout un spectateur s’effraie du silence inhabituel en écho au compliment qu’il vient d’adresser à l’une des conteuses, un autre prend la parole, sert de relais.

EN CONCLUSION

Bien sûr « Inconnu-E-s » ne va pas changer la face du monde, ni l’ensemble des regards portés sur les personnes handicapées mais ces soirs de spectacle, quelque chose se passe, quelque chose d’infime peut-être mais d’ineffaçable. Et c’est comme cela, peu à peu, que nous avançons.

Nous avons conscience de la fragilité de notre démarche mais nous savons qu’en parallèle à l’aventure humaine qui nous unit depuis onze années se joue une aventure artistique tout à fait singulière, qu’aucune compagnie d’artistes valides ne pourrait prétendre explorer. Voilà peut-être ce qui fait notre force.

Marc Buléon, conteur.